20 septembre 2017

8 questions au réalisateur Damien D. Richard

Par Claire-Marine Selles Crédit Photo Damien D. Richard

Les photos, clips et gifs de Damien D. Richard, réalisateur et résident de la Maison Mahdil, distillent leur symbolique soignée en explorant le baroque et l’absurde de l’esthétique contemporaine. Il a également réalisé la campagne #SeptemberIsComing pour Clairefontaine.

 

A l’abri de la pluie dans un café place de Clichy, le Journal de la Maison lui a tendu son micro pour vous faire découvrir son parcours de réalisateur freelance, parler septième art et quotidien du cinéma :

 

Pour commencer, peux-tu nous raconter ce qui t’as motivé à devenir réalisateur et comment y es-tu arrivé ?

 

J’ai commencé la réalisation il y a 10 ans à peu près, mais je veux faire ça depuis que j’ai 6 ans en fait, c’est un rêve de gosse depuis les premiers films que j’ai pu voir au cinéma.
J’ai été bercé par la culture américaine, puis les goûts ont évolué.
J’avais déjà vu énormément de films au collège et au lycée, j’ai tout de suite pris une option cinéma, et j’ai énormément appris pendant ces cours.

Puis j’ai fait la fac et, vu que c’était étonnamment théorique et peu de pratique comparé au lycée, j’ai économisé, je me suis acheté une caméra, un ordinateur et j’ai osé commencer à monter des projets personnels, à faire des trucs avec les copains.

Ça ne m’a jamais lâché, ensuite j’ai fait un peu de captation, une chose en amène une autre : j’ai travaillé pour Hey !, la revue d’art.
Je travaille avec eux depuis le lancement, en 2010. J’ai d’abord réalisé un documentaire de 52 minutes pour eux, puis ils m’ont engagé comme assistant de rédaction, ils avaient besoin de quelqu’un pour faire les vidéos, les captures de vernissages, etc…
Avec le temps, la revue a grandi et il y a eu des budgets pour faire de petites pastilles et notamment un teaser pour la 3è exposition à la Halle Saint-Pierre, qui a été relayée sur Konbini, Télérama, Nova, etc.
Ils ont aussi une compagnie de théâtre, Hey ! La Cie, pour laquelle j’ai fait un teaser qui a été diffusée sur WAD Magazine, TimeOut

En même temps, je me suis inscrit à l’Ecole de la Cité de Luc Besson : j’avais envie de faire du cinéma plutôt que d’être assistant de rédaction donc j’ai suivi cette formation pendant 2 ans.
J’étais en scénario, parce que la réalisation, pour moi, tu l’apprends sur le terrain, alors que le scénario, il faut se plonger dans des livres et je préférais avoir des maîtres pour ça, pour m’enseigner comment écrire de bonnes histoires.
J’ai terminé il y a déjà un an.

Ce qui me motive à continuer ?

Ça marche à la passion, je suis convaincu de la force de raconter une histoire à travers un film, de l’impact qu’on peut avoir dans l’inconscient populaire avec ce média.

C’est une grande responsabilité et en voyant beaucoup de films qui se font, je pense qu’il faut changer la donne.
Il y a un engagement là-dessus, aussi : j’essaie de le réaliser en progressant dans ma carrière, pour avoir l’opportunité de faire un long métrage, et en injectant des valeurs, sans être niais ou naïf, mais en transmettant quelque chose de positif dans ce que je fais.

Je ne veux pas flatter les bas instincts du spectateur, c’est-à-dire sexe, drogue et rock’n’roll sans le rock’n’roll, mettre simplement du cul et de la violence, ce qui génère beaucoup d’argent mais n’est pas forcément très intéressant.
Et puis ça influence forcément, si tu vois ça depuis que tu es tout petit, c’est comme le porno sur internet ou les canons de beauté, il y a une forme d’intolérance qui se développe…

J’aurais du mal à décrire mon univers mais j’essaie toujours d’avoir un côté humaniste, de passer un message de qualité, de raconter de belles histoires.

 

 

Damien Richard campagne #SeptemberIsComing Claire Fontaine Print Femme

 

 

Comment as-tu réussi à remporter la campagne Clairefontaine ?

 

C’est pendant mes études que j’ai remporté la campagne Clairefontaine, grâce à cette école qui a trois gros avantages :

  • Tu n’es pas obligé d’avoir le bac, pas de condition de diplôme ;

  • Tu as énormément de Master class avec des professionnels de tous les corps de métiers du cinéma, ce qui est super ;

  • Et en plus, il y a les appels d’offre.

Pour les appels d’offre, tu es en compétition avec d’autres sociétés.
Clairefontaine est venu à l’école parce qu’ils cherchaient de la nouveauté, de la fraîcheur pour leur campagne 2015, quelque chose qui corresponde à la jeunesse à laquelle ils s’adressent.
C’est le seul appel d’offre auquel j’ai répondu, parce que c’était le plus gros !
C’est celui-là qu’il était intéressant de remporter, professionnellement, et j’ai eu la chance de pouvoir les convaincre.

Ce sont des candidatures par binôme, avec mon collègue on est parti d’une de mes idées : le logo Clairefontaine a la même forme que l’emblème de Superman.
Je pense que c’est intéressant de parler de Super Héros, que ça rentre dans l’imaginaire collectif contemporain et j’ai trouvé que ça pouvait résonner avec ceux qui empruntent les couloirs du métro, puis il y avait l’actualité de deux blockbusters en parallèle.

Donc mon approche, c’était que ces affiches jouent un rôle de troisième actualité « super héro » de l’été, alors que les prochains films sur le thème commençaient à s’afficher à la rentrée.
Ensuite, le client voulait un hashtag, donc pour répondre à la pop culture du public que l’on voulait toucher, j’ai pensé à Game of Thrones.
L’Hiver n’était pas encore arrivé à ce moment de la série, ce qui a donné #SeptemberIsComing !

 

Comment se passe le lancement d’une campagne, que proposes tu ?

 

Le brief, c’était qu’il fallait un hashtag, une campagne print et un à trois spots publicitaires sur internet (mais au final, on en a fait quatre) s’adressant aux 8-20 ans, ce qui était large et avec toute l’adolescence qui passe au milieu, donc pas forcément les mêmes influences…

Le client étant Clairefontaine, mon défi était de leur proposer une image un peu solennelle.

Les photos de la précédente campagne étaient principalement des selfies donc on partait sur quelque chose d’assez différent.
Je me suis dit que s’ils avaient laissé carte blanche à une école, c’est qu’ils cherchaient quelque chose d’audacieux et créatif, je pense que j’ai eu raison parce qu’ils ont été très réceptifs quand j’ai présenté mon concept.
Je pense qu’ils ont apprécié ma franchise, je ne me suis pas caché d’avoir besoin de la visibilité qu’ils m’offraient à ce stade de ma carrière.

 

Quel était ton rôle et comment se déroule la création d’une campagne publicitaire ?

 

J’étais Directeur Artistique pour les spots et les affiches, j’étais scénariste des spots, je devais remplir leur cahier des charges, trouver tout le nécessaire à la réalisation (acteurs, lieux, costumes, etc).

C’était très intéressant de me familiariser avec le rapport relationnel « artiste-client ».
C’est assez classique en fait, tu soumets des propositions qui passent en commission, ils décident, répondent par mail, tu essaies de limiter le nombre d’interlocuteurs pour limiter les quiproquos et les délais…

Il y avait une deadline très serrée : à partir du moment où la campagne était validée, on avait deux mois pour tout créer.


C’est à dire faire quatre spots, les affiches, la création des costumes, recruter les acteurs avec les castings, sachant que chaque étape devait être validée.
En ajoutant l’écriture, trouver les lieux, le montage, les retouches, tout en huit semaines avec un budget relativement serré, je dirais que c’était ça, la principale difficulté.

Ce qui m’a le plus motivé dans cette campagne, c’est les affiches qui me permettaient de peaufiner ma production malgré le budget réduit, de donner quelque chose d’intéressant... Et je suis fier du résultat !

 

 

Damien Richard campagne #SeptemberIsComing Claire Fontaine Print Homme

 

 

Qu’est-ce que ça fait de voir son travail sur Youtube et dans la rue ?

 

Je me suis dit que les choses avançaient et que c’était un bel argument pour contacter plein de gens, pour travailler.
Je me suis constitué une revue de presse : j’ai demandé à tous mes potes qui habitaient dans des villes de plus de 100 000 habitants de prendre des photos des bus, des métros, de tous les supports où ils voyaient mon affiche et de me les envoyer.

Comme ça, j’ai rassemblé un petit portfolio, puis il y a eu deux ou trois reportages, un sur M6, Philosophie Magazine a consacré une quatrième de couverture à la campagne, puis Format XXL a fait un article pour dire que c’était une bonne campagne.
Ça m’a donné une vraie légitimité.

 

Quel est le projet qui t’as le plus marqué ?

 

C’est un travail que personne ne verra jamais !
C’était le tournage d’un clip et personne n’arrivait à travailler ensemble, c’était le chaos malgré la motivation de chacun…
On a essayé mais le projet a échoué.
Maintenant, dès que j’aborde un travail, je pense à celui-là et je veille à ne pas reproduire les mêmes erreurs.

 

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

 

En ce moment j’écris pour Agat Films, une société de production.
J’ai la chance incroyable de travailler avec Thomas Bidegain, le scénariste d’Audiard.
On écrit le traitement d’un long métrage, pour l’instant...
Sinon, je suis en train de développer un court métrage de mon côté, avec 179 bm Films et Alcé Production.

 

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut devenir réalisateur freelance ?

 

D’oser se lancer, de faire des projets, de se prendre le mur de temps en temps, de se relever, de continuer…

C’est comme ça qu’on apprend.
Il ne faut pas hésiter à faire tout ce que l’on nous propose au début, se retrouver à faire le montage ou d’autres choses, il faut toucher à tout, même si on veut être réalisateur.

Rester humble est important pour continuer à progresser.
C’est la même chose pour les contrats, à mon avis il ne faut pas être braqué contre l’idée de « faire du commercial » quand on débute ou même après, par exemple de faire une pub pour une assurance.
C’est l’occasion d’apprendre à travailler avec des clients, c’est un passage formateur si on veut devenir professionnel.

Certains font du cinéma pour le milieu, pour l’aventure humaine des tournages, d’autres parce qu’ils ont quelque chose de viscéral à exprimer vis-à-vis d’eux même ou du monde, disons que selon ses motivations, chacun doit décider comment il veut arriver à obtenir la pratique et l’audience suffisantes pour qu’on lui laisse un espace d’expression…
Et veiller dire quelque chose d’intéressant quand il l’aura : les films les plus personnels des réalisateurs ne sont pas forcément les meilleurs !

Ce qui reste commun, c’est qu’il faut se faire connaître et apprécier pour en arriver là.
J’essaie de rester sincère et attentif à mon message en le faisant, quel que soit le projet.

 

Et le Journal restera attentif à leur sortie !

 

Jusqu'à notre prochaine rencontre, la Maison vous laisse avec deux évènements conseillés par Damien pour cette rentrée :

Pour ceux qui veulent se faire connaître et pour voir des courts-métrages de qualité, le concours du festival Nikon est une belle opportunité ;

Pour les expos, ne ratez pas Caro/Jeunet à la Halle Saint Pierre.


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