3 novembre 2017

Web Arts Résistances : une plateforme pour amplifier les voix de la Méditerranée

Par Claire-Marine Selles Crédit Vidéo

WAR – Web Arts Résistances – est un projet porté par le média transméditerranéen Babelmed, c’est une plateforme qui associe de jeunes médias en ligne pour produire des reportages sur des actes de résistance citoyenne par la culture et les arts. Le Journal a pu suivre l’élaboration de cette plateforme par la Maison Mahdil et vous fait découvrir sa genèse avec Nathalie Galesne, rédactrice en chef de Babelmed :

Le projet WAR et Babelmed partent de la même envie : donner à voir et comprendre les cultures et les enjeux sociaux des pays méditerranéens, en travaillant avec des journalistes directement impliqués dans leurs sociétés.

 

 

C’est dans cette même optique que Babelmed a été créé, 16 ans plus tôt, dans un contexte de crispation par rapport aux pays du sud de la Méditerranée, juste après les attentats de 2001. Notre idée était de construire un réseau de correspondants locaux pour faire connaître les sociétés méditerranéennes et produire une vision différente de celle véhiculée par les médias occidentaux, vision qui n’est pas construite sur une connaissance « de l’intérieur » des sociétés qu’ils racontent.

Nous voulions permettre à ces journalistes de parler des faits culturels ou sociétaux qui caractérisaient leurs pays et croiser leurs regards dans une seule publication. Voilà le début de l’histoire…

Depuis, les médias en ligne ont explosé, ces informations sont maintenant plus facilement accessibles et le pendant numérique des révolutions arabes, même si celles-ci ont pu décevoir, est que de nouvelles voix ont pu se faire entendre. On peut aller plus facilement qu’avant à la rencontre de ces sociétés sur Internet.

L’idée du projet Web Arts Résistances, c’est donc de s’associer avec ces nouveaux médias pour cocréer et penser ensemble une plateforme de reportages multimédias sur les initiatives citoyennes qui combattent la violence sociale, les conflits et les discriminations par les arts, et assument ainsi moult formes de résistances.

 

Si la politique traditionnelle n’est plus en mesure de défendre les droits à l’éducation, au logement, à la santé des groupes précarisés, l’engagement citoyen peut dénoncer ces manquements et s’efforcer d’y pallier.

 

Se rassembler permet d’obtenir des fonds pour réaliser des reportages, rémunérer des auteurs, souvent bénévoles par ailleurs, et des traducteurs pour diffuser nos articles dans plusieurs de langues.

WAR regroupe 5 médias : Babelmed, Mashallah News, Onorient, Radio M et Tabasco Videos. Certains d’entre eux produisent des articles sur plusieurs pays, WAR partage donc des histoires venant d’Algérie, Egypte, Italie, France, Liban, Maroc, Tunisie Turquie et Palestine…

 

 

Grâce au financement de la Fondation de France, entre autres, chaque média partenaire peut réaliser des reportages sur des actions fortes s’inscrivant à la croisée des expressions artistiques et de l’engagement citoyen.

En effet, les initiatives culturelles qui créent des liens sociaux partent souvent de l’engagement très fort des personnes : des jeunes le plus souvent, des citoyens créatifs dans tous les cas. Il y a des disciplines très porteuses de cette résistance, des scènes alternatives très vivantes avec le graff, le rap, l’électro, la danse… Pourquoi résistances ?

Parce que la désertion du champ politique traditionnel combinée à la férocité des logiques néo-libérales, voire autoritaires, laisse souvent les citoyens démunis, sans défense, seuls avec leurs besoins et leurs idéaux. Or les personnes ont besoin de cohésion, de rencontres et de partages pour vivre, d’où ces nouvelles formes d’engagement, parfois sauvages, auxquelles on assiste.

Ce sont autant de manières de résister au rouleau compresseur la soumission sociale qui est loin d’être inéluctable. Si la politique traditionnelle n’est plus en mesure de défendre les droits à l’éducation, au logement, à la santé des groupes précarisés, l’engagement citoyen peut dénoncer ces manquements et s’efforcer d’y pallier.

 

Je pense que les gens ont besoin de s’investir pour exprimer leur générosité, leur envie de vivre ensemble, leur ouverture, et qu’ils le font encore plus facilement en se saisissant de l’art et de la culture.

 

Par exemple, sur Web Arts Résistance, il y a un documentaire sur une association à Rome qui s’est mobilisée pour changer son quartier en mettant les murs en commun pour réaliser des graffs. Cela a renouvelé la vie culturelle, l’entraide, la connaissance des uns des autres…Tout ce que la politique devrait faire mais qu’elle a fini par abandonner. C’est pourquoi le militantisme passe de plus en plus par ce type d’associations citoyennes, et l’art est une bonne médiation pour la solidarité.

 

 

C’est en tous les cas l’idée qui a guidé la création de WAR, et nous permet de montrer que ce besoin de partage par la culture est commun à toutes les sociétés du pourtour méditerranéen. C’est d’ailleurs sans doute le cas dans tous les pays du monde… De plus en plus, les groupes humains s’organisent dans ce sens.

Je crois qu’aujourd’hui, il est important qu’une plateforme comme la nôtre existe : pour faire un peu d’histoire, on peut dire que le projet euro-méditerranéen, tel qu’il avait été lancé par l’Europe en 1995, a été un échec cuisant. L’Europe a continué de soutenir des dictateurs et a été dépassée par les révolutions populaires arabes.

Du coup tous ces mots : « Méditerranée », « partenariat euro-méditerranéen » ont été totalement galvaudés et sont désormais perçus avec suspicion, surtout par les citoyens arabes.

L’actualité est très sombre : migrations meurtrières, conflits en Syrie, en Lybie, au Yémen, répression féroce en Egypte et en Turquie, reflexes sécuritaires d’une l’Europe sans vision… comment faire pour revendiquer un devenir pacifique pour tous ? Comment ne pas se laisser enfermés dans le malheur pour les uns, ou se recroqueviller dans l’égoïsme pour les autres ?

 

Nous continuons à croire que l’existence d’une plateforme partagée par des journalistes et des militants associatifs des deux rives de la Méditerranée est plus que jamais nécessaire pour comprendre la région et raconter les ferments qui la traversent malgré cette donne tragique.